L'évolution de notre alimentation a transformé le génome du chien

Contrairement au loup, les chiens se sont adaptés pour pouvoir se nourrir des restes de nos repas. Il y au moins 7000 ans, les chiens ont ainsi acquis la capacité de digérer l'amidon, en parallèle au développement de l'agriculture. C'est ce qu'ont montré Christophe HITTE et Laetitia LAGOUTTE - de l'équipe de Catherine ANDRÉ - en collaboration avec leurs collègues de l'École normale supérieure de Lyon et du Muséum national d'Histoire naturelle. Publication dans la revue Royal Society Open Science.

Crâne et mandibule de chien (site néolithique de Bercy, Paris, env. 4000 ans av. J.-C.) - Photo J.-C. Domenech. Musée de l'Homme

En étudiant des spécimens anciens de chiens européens et asiatiques, Christophe HITTE et Laetitia LAGOUTTE ont contribué à révéler que, contrairement à leur ancêtre le loup, les chiens ont acquis la capacité de digérer l’amidon à la suite de la duplication du gène Amy2B, il y a au moins 7000 ans. Cette aptitude coïncide avec une étape ancienne du développement de l’agriculture et reflète une adaptation à un changement alimentaire. L'étude, publiée le 9 novembre 2016 dans la revue Royal Society Open Science, constitue un exemple de co-évolution et reflète l’influence de la culture humaine sur le génome des premiers chiens.

Co-évolution canine et humaine

L'agriculture n'a pas seulement révolutionné la société humaine, elle a également contribué à la transformation du génome de notre plus vieil ami, le chien. Cette nouvelle étude révèle, grâce à l’analyse de l’ADN extrait de restes archéologiques, qu’il y a 7000 ans, les chiens domestiqués les plus aptes à digérer l’amidon ont été privilégiés, en raison de la présence dans leur génome de copies supplémentaires du gène Amy2B. Cette adaptation leur a permis de rester à nos côtés, alors même que notre monde a changé.

De plus, l'évolution génétique chez les chiens est parallèle à celle de l'homme : en effet avec l'émergence de l’agriculture, l’homme a mangé plus d’amidon, et les chiens, leur premiers compagnons domestiqués ont dû s'adapter à ce changement. Chez les humains, le nombre de copies de ce gène de l'amylase a d’ailleurs augmenté tout comme chez les chiens pendant la même période

Les découvertes qui ont motivé cette étude remontent à trois ans lorsque des chercheurs de l'université d'Uppsala en Suède ont mis en évidence que les chiens modernes possèdent de 4 à 34 copies du gène Amy2B qui code une enzyme dégradant l'amidon, alors que les loups en ont typiquement deux. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont déterminé quand ce changement génétique a pris place. Ils ont extrait de l'ADN ancien des os et des dents de nombreux (88) spécimens de chien collectés sur divers sites archéologiques en Eurasie, et ont pu obtenir des résultats pour 13 d’entre eux.

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Référence

Amy2B copy number variation reveals starch diet adaptations in ancient European dogs.
Morgane Ollivier, Anne Tresset, Fabiola Bastian, Laetitia Lagoutte, Erik Axelsson, Maja-Louise Arendt, Adrian Bălăşescu, Marjan Marshour, Mikhail V. Sablin, Laure Salanova, Jean-Denis Vigne, Christophe Hitte, Catherine Hänni.
Royal Society open science 2016 3 160449; DOI: 10.1098/rsos.160449. Published 9 November 2016

En savoir plus

L'article complet sur le site de l'INSB du CNRS

La bio-banque d'ADN canin de l'IGDR

Article scientifique original (en anglais)

Article originellement paru sur le site de l'Université de Rennes 1, le 22 novembre 2016

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