L’ADN tumoral présent dans le plasma des chiens atteints de cancer : Un biomarqueur intéressant pour le diagnostic et le suivi de réponse au traitement.

 

A l’état physiologique, les cellules de notre organisme libèrent de l’ADN dans notre sang via des phénomènes de nécroses, d’apoptose ou de sécrétion. Cet ADN, que l’on retrouve dans le plasma et d’autres liquides biologiques, est appelé ADN circulant et sa concentration augmente dans différents processus pathologiques comme l’inflammation, le sepsis, les accidents vasculaires cérébraux et les cancers. Chez les patients atteints de cancer, une partie de l’ADN circulant provient des cellules tumorales et est ainsi appelé ADN tumoral circulant (ADNtc). Cet ADNtc est caractérisé par la présence d’altérations génétiques et épi-génétiques tumorales avantageuses pour le développement et la progression du cancer, ainsi que pour la résistance à certaines thérapies.

En oncologie humaine, la détection et l’analyse de l’ADNtc sont devenues possibles grâce aux techniques récentes de séquençage et de PCR digitale, permettant de nombreuses applications à partir d’une simple prise de sang, de manière non invasive. Les principales applications prometteuses pour ce biomarqueur sont :

  • le diagnostic précoce du cancer
  • après le diagnostic, de caractériser une tumeur plus précisément pour déterminer le pronostic de la maladie et faire des choix thérapeutiques adaptés
  • pendant la prise en charge, de suivre l’efficacité des traitements : si l’ADN tumoral circulant est moins abondant, c’est que la tumeur régresse.

 

Depuis quelques années notre équipe « Génétique du chien » du CNRS travaille sur la mise au point de tests d’analyse de l’ADNtc en oncologie canine, particulièrement dans deux cancers : le sarcome histiocytaire (SH) et le lymphome.

Le sarcome histiocytaire (SH) est une forme de cancer très agressif des cellules macrophagiques. S’il peut être diagnostiqué dans plusieurs races, quelques races sont très fortement prédisposées : le Bouvier Bernois, le Rottweiler et les Retrievers. L’équipe Génétique du Chien travaille depuis plus de 15 ans sur les bases génétiques de ce cancer, dans le but de mieux comprendre le développement de ce cancer et d’améliorer sa prise en charge. Elle a identifié des mutations partagées entre les sarcomes histiocytaires canins et humains. Ces mutations sont présentes dans la moitié (56%) des tumeurs histiocytaires canines (Hedan et al. 2020). Ces mutations spécifiques de la tumeur sont aussi détectables dans le plasma des chiens malades et il est possible de les utiliser pour diagnostiquer la présence d’un sarcome histiocytaire. Ainsi avec une simple prise de sang et un prélèvement de plasma, nous avons montré qu’il était possible de diagnostiquer le sarcome histiocytaire avec une sensibilité 42,8% et une spécificité de 98,8%. Ainsi, notre test plasmatique non invasif se révèle intéressant lors de suspicion de sarcome histiocytaire chez le chien, particulièrement en présence de masses internes.

Concernant le lymphome, nous avons montré que l’ADNtc était détecté dans 92,3% des cas au moment du diagnostic. Le suivi de ce biomarqueur chez 4 chiens atteints de lymphome B diffus à grandes cellules recevant une chimiothérapie a montré une très bonne corrélation avec la réponse au traitement, et dans un cas, une rechute moléculaire a été objectivée 42 jours avant la rechute clinique. Ce test plasmatique est intéressant pour le suivi de la maladie résiduelle des chiens sous traitement de chimiothérapie, pour évaluer la réponse au traitement et anticiper les récidives.

 


Prouteau A, Denis JA, De Fornel P, Cadieu E, Derrien T, Kergal C, Botherel N, Ulvé R, Rault M, Bouzidi A, François R, Dorso L, Lespagnol A, Devauchelle P, Abadie J, André C, Hédan B. Circulating tumor DNA is detectable in canine histiocytic sarcoma, oral malignant melanoma, and multicentric lymphoma. Sci Rep. 2021 Jan 13;11(1):877. doi: 10.1038/s41598-020-80332-y. PMID: 33441840 F


Equipe : Génétique du Chien, IGDR.

22/11/2021